" via sofocle "
"...la peinture se construirait-elle au rythme des jours et des souvenirs? Une cage d'oiseau, un chat, un coin de table. L'oeil circule entre les harmonies oranges et bleues, les accords de gris colorés et de verts absorbés par le rose. Parfois la lumière rencontre l'ombre. A d''autres moments, elle s'accroche aux reliefs sous- jacents, se heurte à une ligne droite, s'engouffre dans un geste plus ouvert. Ainsi, sur le rectangle de l'oeuvre, se creuse un espace. On y distingue les murs d'une chambre, la paroi d'un couloir, l'ouverture d'une fenêtre...
...la mise en place des différents éléments relève en effet d'un premier défi que l'art, semble-t-il réclame à l'artiste. Mais, là où d'autres tombent dans l'anecdote, le peintre rejoint l'abstraction. Imaginons donc l'oeuvre comme une construction de plans, de césures, de rythmes dont, parfois, les différents éléments figuratifs seraient les prétextes...
...en plein coeur du XXe siècle, il nous rappelle combien les portes entr'ouvertes par les anciens, débouchent sur des couloirs non encore arpentés. Mais chez ces maîtres, domine le théâtre. C'est-à-dire, la nécessité de poser une équation juste entre d'une part un propos (un récit, une thèse) et son expression même par la seule plastique des formes, des couleurs et de la construction. Rien de tout cela chez Jean-Pierre Gonthier, le "sujet" ne semble pas pré-exister. Il ne pose pas l'homme au centre d'un cristallin...
...ainsi donc, tout en situant la peinture dans la grande tradition italienne, nous voici, de manière oblique, aux rives d'un autre univers dont les structures, cette fois, se nourriraient, aussi, des sensations, vagues et troublantes, calme et énigmatique de la mémoire et des souvenirs."
Guy GILSOUL 12.1992
